L'agilité n'est pas l'agitation

O toi, manager courageux, nouveau héros de l'entreprise moderne, qui fais face chaque jour à un environnement complexe, affrontant chaque jour les tempêtes de l'imprévu, supportant les contraintes de l'organisation pour laquelle tu te dévoues comme jamais, absorbant les nouvelles demandes qui te tombent dessus comme si tu n'en avais pas assez, toi qui jongles sans relâche avec ton agenda déjà tout grisé : ce billet est pour toi.


Nos missions nous amènent parfois, mes associés et moi-même, à t'observer avec tes équipes sur ton lieu de travail, dans ton quotidien, alors que tu es en pleine action. Je devrais dire plutôt, puisqu'on est entre toi et moi, en pleine agitation.

Quelle que soit l'entreprise dans laquelle nous nous infiltrons, sur ta demande ou celle de tes chefs, la règle implicite qui semble faire loi est le "dépêche-toi!". Il faut que tu ailles vite. Toujours plus vite. Tu n'as pas le choix. Cela s'observe concrètement : tu plonges en apnée sur l'ordre du jour de ta réunion; ton équipe te suit, tête la première. Ensemble, vous abattez les points les uns après les autres, tels des bûcherons forcenés. Tu cours dans les couloirs, consultant ton smartphone qui t'annonce forcément quelques nouvelles tâches à faire. Tu reviens à ton poste, pour quelques minutes trop courtes, et tu effectues un nombre phénoménal d'échanges par mail qui sidéreraient ton ancêtre manager. Pourtant, tu ne t'en étonnes plus, tu ne viendras pas à bout de ce que tu avais prévu de faire. Il est temps pour toi de rejoindre une autre réunion (ah, tu supportes de moins en moins ces réunions trop longues!) ou un client. Il va falloir que tu te concentres vite fait car ton esprit n'y est pas encore, préoccupé par tant de sujets qui n'attendent que toi.

C'est alors que nous t'interrogeons.


C'est facile pour nous car nous ne sommes pas toi. Surtout, tu nous as confié ce luxe que tu n'as pas : du temps pour t'observer. Nous interrogeons donc ce que tu n'as pas eu le temps d'interroger : as-tu vraiment traité des sujets essentiels au cours de cette journée ? Quelles satisfactions ou frustrations te laissent les réunions auxquelles tu as participé? Avez-vous questionné, toi et tes équipes, la pertinence de vos processus actuels et la façon dont vous pourriez naviguer mieux dans ce monde en accéléré ? Ou avez-vous fonctionné de manière robotisée sur vos sujets opérationnels à traiter ? Quelle image de toi et de ton équipe as-tu en cet instant ? Jusqu'où penses-tu que ton équipe est en état (physique et mental) d'aller ? etc.

Ce que je veux te dire, cher manager qui nous fait confiance, c'est que la course que tu as menée aujourd'hui, ton dur labeur en un temps chronométré, ainsi que la réactivité dont toi et tes équipes font preuve jour après jour pour répondre aux demandes multiples, ne sont pas forcément synonyme d'agilité. Hélas, l'agitation donne parfois l'illusion de l'agilité.

L'agilité, ce n'est pas seulement ton habilité à faire vite, c'est surtout ton aptitude à savoir t'arrêter à des moments clés pour ajuster ta posture et celle de tes équipes. En d'autres termes, c'est ton habileté à redécider sur des sujets qui, en général, ne sont jamais inscrits sur ton ordre du jour.

Une suggestion, avant de nous quitter : mets donc cette question de l'agilité versus l'agitation entre les mains de ton équipe lors de votre prochaine réunion. Là, tu lui permettras déjà de gagner en agilité.

Au plaisir d'un nouveau billet, cher et précieux manager!







4 commentaires:

  1. En tant que directeur des opérations je suis confronté en permanence à cette question de l'agitation (j'ai bien aimé le terme "Dépêche-toi"). Cependant je ne trouve pas dans votre article de solutions concrètes pour passer à l'autre stade, celui de l'agilité, hormis le fait de le mettre à l'ordre du jour de notre prochain Codir. Si nous sortons de bonnes idées et actions pour transformer l'agitation en agilité je reviendrai sur ce blog pour en faire part...

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  2. En tant que directeur général, il me semble que l'article a au moins le mérite de proposer une prise de conscience qui, a elle seule, doit permettre de ralentir la machine infernale. Plus le hamster pédale dans sa roue, plus la roue tourne vite, mais cela ne produit pas d'énergie. Alors arrêtons de jouer les victimes en invoquant la pression du monde extérieur sur notre emploi du temps et reprenons le pouvoir en décidant de mieux maitriser nos journées. Une piste concrète ? Reprenez les réunions du mois dernier auxquelles vous avez participé et demandez-vous si votre présence a changé quelque chose pour vous ou pour l'entreprise à la hauteur du temps que vous y avez passé...

    Yann

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  3. Votre livre et votre articles m'ont été d'une aide précieuse, continuez à nous challenger ainsi !

    Anne Sophie L.

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  4. Eric Déchanteul13 avril 2015 à 14:40

    Pour tenter d’arrêter cette gesticulation sans fin, j’ai essayé un truc : toutes les semaines, je me demande quelle action à faible valeur ajoutée je pourrais arrêter de faire.
    Chaque décision est comme une petite victoire.

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