"L'illusion du collectif", halte à la contrefaçon!


Le collectif n'est pas inné dans l'entreprise

Jouer collectif n'a jamais été quelque chose de naturel au sein des entreprises. De surcroît, dans l'univers tourbillonnant et sans visibilité de notre monde actuel ("le new normal"), le collaborateur est tenté de vouloir d'abord sauver sa pomme  (atteindre ses objectifs individuels, sécuriser son poste, ne pas sortir de la ligne) avant l'intérêt général, si on ne l'y invite pas expressément. Le collectif, donc, ça s'organise! Et c'est bien là tout le problème. Porté aux nues en ces temps difficiles, le collectif reste trop souvent au stade d'injonction au détriment de sa véritable organisation dans l'entreprise.

Beaucoup d'entreprises l'ont compris : le collectif reste aujourd'hui l'une des clés essentielles de la motivation des collaborateurs. 

La motivation extrinsèque des salariés étant en berne (celle mue par la récompense financière qui n'est plus au rendez-vous), c'est sur la motivation intrinsèque des collaborateurs que certaines directions générales veulent miser. A savoir, une motivation intérieure mue par des valeurs plus fortes que l'intérêt personnel, telles que le plaisir de faire ensemble, la fierté, l'utilité, le challenge collectif, etc. Effectivement, ces moteurs intrinsèques sont bien les seuls encore capables de générer de l'énergie supplémentaire chez des collaborateurs épuisés par les transformations répétées de leur organisation.

Alerte à l'effet Canada Dry! Distinguer le vrai du faux

Le problème est que le déficit actuel de stratégie claire de l'entreprise à long terme, le manque cruel de "sense of purpose", si cher à Collins, la frilosité à faire confiance aux collaborateurs au bénéfice d'une rigidité et de sur-contrôles croissants, anéantissent en un clin d’œil toute velléité de collectif.

Que font alors les entreprises ? Elles recourent au Canadra Dry.

Souvenez-vous de cette vieille pub : "ça ressemble à de l'alcool, c'est doré comme de l'alcool mais ce n'est pas de l'alcool". Facile de parodier : "Çà ressemble à du collectif, c'est sympa comme du collectif, mais ce n'est pas du collectif".

Les entreprises décrètent le collectif à travers des séminaires de cohésion, des team-buildings, des ponctuations au vert pour "aérer" les collaborateurs. Elles donnent l'illusion du collectif  à travers des moments ponctuels et fugaces, qui sortent pour un temps les collaborateurs de leur quotidien. Il se peut que cette parenthèse inscrite à l'agenda pose les bases d'un nouvel esprit d'équipe, d'un travail en commun fructueux et de décisions clés pour l'entreprise. Ces parenthèses sont nécessaires et, à minima, mieux que rien.

Mais de nouveaux processus de fonctionnement en collectif sont ils pour autant décidés ? Y accouche-t-on d'un nouveau cadre avec des règles précises qui permettront d'encourager la confiance et l'initiative collective au quotidien (et pas seulement le temps d'un séminaire) ? Va-t-on en enrichir l'ADN de l'entreprise ? Va-t-on poursuivre la réflexion et déployer la mise en place de ce collectif avec autant de ferveur que l'on met dans les projets de transformations opérationnels ? La clé de réussite des entreprises pour les mois à venir résident pourtant dans ces travaux là.

Cette illusion de faire du collectif peut être dangereuse. Elle peut même devenir un "opium du peuple" en interne. Les directions générales ne comprendront pas pourquoi tant d'efforts qu'ils ont cru déployer amènent si peu d'initiatives, de transversalité et d'esprit d'équipe de la part de leurs collaborateurs. Les collaborateurs connaîtront, quant à eux, l'espoir d'un vent nouveau lors d'un séminaire mais se trouveront vite  refroidis lorsque tout reviendra à la normale dès le lendemain, comme s'il ne s'était rien passé. Quel dommage que ce grand malentendu!

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