Avez-vous un pistolet sur la tempe ?

Voici une question un peu "détonante" que je vous propose pour aborder ce mois de septembre.
Pour tout vous dire, abordant moi-même cette rentrée comme si les vacances n'avaient pas existé, à savoir : affairée, délaissant ce blog et ma réflexion personnelle au profit d'exigences professionnelles et personnelles tombées de concert, maudissant les imprévus et les contre-temps, contre-attaquant, cochant à toute vitesse les cases de mon agenda...  je me suis enfin posée la question : "mais, tu as un pistolet sur la tempe ou quoi ?".

Cette question m'a été soufflée par le formidable livre de George Kohlrieser : "Hostage at the table" (éd.Josseybass). L'auteur est un ex-négociateur dans des situations de prises d'otage (il a lui même été pris en otage à plusieurs reprises, ce qu'il raconte dans ses récits épicés). Aujourd'hui, il met son talent de négociateur dans des situations extrêmes au profit des leaders de l'entreprise.

Si chacun de nous a une probabilité très faible d'être pris en otage par un terroriste ou un psychopathe (Dieu soit loué !), en revanche, nous sommes tous des "otages virtuels" au quotidien, dans des situations professionnelles ou personnelles sur lesquelles nous n'avons pas le contrôle, que nous ne souhaitions pas, que nous n'avions pas prévues et qui nous plongent dans un état d'impuissance. Or, le sentiment d'impuissance est un véritable poison : il est source de stress et d'émotions négatives pour nous et nous les véhiculons chez les autres. Ces émotions négatives nous entraînent dans une attitude défensive, agressive ou fuyante qui nous éloigne de la sortie de crise. Comme si nous avions un pistolet sur la tempe qui nous empêchait d'agir avec succès. Pire, nous n'avons parfois aucun pistolet sur la tempe mais nous vivons comme si nous en avions un.

Cette prise d'otage, nous la vivons fréquemment dans le "new normal" (cette ère de changement permanent et d'incertitudes dans laquelle nous évoluons désormais) : une situation qui nous contrarie, qui nous échappe, qui nous submerge parfois. Les émotions négatives qui en résultent bloquent tout effet de résolution et d'empowerment envers nous mêmes et envers notre entourage. On se sent piégé. On se sent nul. On se plaint des autres. On déteste cela. Cela peut être un événement mineur (contrariété, dispute au bureau, critique de son n+1, incompétence de ses n-1...) ou plus grave (crise grave, conflit profond) qui déclenche en nous de la colère, une baisse d'estime de soi et des autres.
Le livre de Kohlreiser nous guide pas à pas pour retrouver la liberté et le contrôle dans des situations difficiles et non voulues. L'art de la négociation avec ces situations difficiles repose essentiellement sur la capacité à recréer un état d'esprit positif qui nous sort de cet état d'esprit d'otage.

Georges Kohlreiser nous démontre que tous les grands performers (sportifs de haut niveau, leaders inspirants, professeurs mémorables, scientifiques brillants...) sont dotés de ce qu'il appelle un "mind's eye", à savoir une capacité à se centrer sur le but ultime et les bénéfices, plutôt que de s'arrêter sur les difficultés et les douleurs. Cela ne signifie pas ignorer la peine, bien au contraire, mais se connecter profondément à son état intérieur et à celui de l'autre afin de trouver la posture juste ("the right state"), celle qui va orienter les choses vers le bon résultat. C'est un subtil mélange de conscience du moment présent, de forte connexion émotionnelle à soi et à l'autre et de self-management. Le leader doit être capable de gérer les déceptions et les revers en très peu de temps puis réorienter et remotiver ses équipes autour du but ultime en ayant pris soin de reconstruire en eux et autour d'eux un climat de sécurité. De même à titre individuel, en travaillant notre capacité à cerner nos émotions négatives ainsi que notre aptitude à nous piéger nous-mêmes dans une posture de misère, en comprenant mieux ce qui se joue chez l'autre au titre de son humanité profonde, au delà du conflit qui nous sépare, nous pourrons mieux visualiser les issues de secours qui nous mèneront vers ce que nous souhaitons accomplir.

Le processus pour devenir un leader inspirant et gagnant s'apparente alors au processus pour devenir un être humain complet, cohérent et ultra connecté avec soi et avec l'autre, un être purement authentique.

Ce ne sont pas que des belles paroles ou de beaux concepts. Georges Kohleiser nous explique concrètement le travail dans des situations quotidiennes professionnelles ou personnelles. Et en ce qui le concerne, le pistolet sur la tempe, c'est du vécu !

2 commentaires:

  1. Bravo Corinne : un billet original et profond, écrit sur un mode léger. Du coup on est presque déçu... qu'il ne soit pas plus long !

    Comme dit l'avocat Harvey Specter dans la série Suits, "Quand on a un pistolet sur la tempe, il y a 127 moyens de s'en sortir..."

    Je m'en vais m'assurer, en tant que confrère coach, que je n'ai pas aussi un pistolet sur la tempe.

    Ralph

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  2. Merci Corinne pour ce billet qui tombe à pic en cette période de rentrée. Je me pose depuis plusieurs jours la question : comment ralentir et ne pas me sentir obsédée par le temps ? J'ai l'impression d'avoir un chronomètre sur la tempe, même si l'urgence n'est plus là.

    J'ai du mal à ralentir dans ma tête et de m'autoriser des pauses.

    Cela me donne envie de lire le livre de Georges K !

    Stéphanie

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