Les entreprises digitales sont-elles meilleures en management ?




C'est toujours avec bonheur que j'accompagne une entreprise digitale.

Qu'elle représente l'une des initiales de GAFA* ou qu'elle soit plus petite et moins connue, mon constat est le même : à peine passé la porte d'entrée, je me sens dotée du même enthousiasme et de la même énergie que les collaborateurs qui prennent l'ascenseur avec moi, heureux de commencer une nouvelle journée de travail.

Pourquoi donc ?

J'ai tout d'abord l'impression d'être "pleinement accueillie", par des gens d'une ouverture et d'une bienveillance qui me paraissent au dessus de la moyenne habituelle. Ils semblent curieux de moi et très respectueux de la mission que j'accomplis pour eux. Bref, ils me font sentir importante (sincères ou pas, c'est drôlement agréable!). Ensuite, j'ai une envie irrésistible de me rendre totalement disponible pour eux et de mener ma mission avec brio (en effet, ils ont réussi à me convaincre qu'ils m'ont choisie pour ma compétence unique sur le marché. Trop forts!). Enfin, ils semblent si proches et sympas jusqu'au top niveau de la hiérarchie (il n'est pas inhabituel que le DG m'accueille en bas avec un café), qu'ils me donnent l'autorisation de tout leur dire comme si j'étais leur meilleur pote.
Et je l'avoue, lorsque je ressors de chez eux le soir, je rends à regret mon badge (c'est quand même inouï!), tant j'ai l'impression d'avoir fait partie de leur monde pendant quelques heures.

Je dois me rendre à l'évidence : moi qui suis censée être l'experte en management à leurs yeux, c'est en fait eux qui me managent au jour le jour avec panache. Et j'apprends beaucoup.

Les détracteurs de certaines de ces compagnies "gafasiennes" diront que je me suis faite prendre au piège, que je me suis faite happée par leur système, que tout cela n'est qu'illusion; peu importe, mes émotions et mes sentiments sont bien réels ainsi que les impacts en termes de motivation. D'ailleurs, tous les collaborateurs que je rencontre démontrent la même envie de donner le meilleur d'eux-mêmes.

Bien sûr que ces entreprises ne sont pas parfaites et qu'elles ont leurs limites (certains collaborateurs n'adhérant pas au modèle). Mais comment néanmoins expliquer cet art managérial ?

Tout d'abord, ces entreprises sont jeunes. Les plus vieilles d'entre elles n'ont pas 20 ans. Leur croissance a juste été fulgurante. Elles ont donc eu l'avantage que n'ont pas les anciennes : commencer "from scratch". Il est plus facile de poser les bons fondamentaux en management dès le départ plutôt que de réorienter un gros paquebot qui a une histoire et des habitudes profondément ancrées.

Ensuite, la culture d'entreprise y est plus forte qu'ailleurs. Celle-ci a été renforcée par l'ascension exceptionnelle de certaines sur leurs marchés, donnant lieu à des légendes qu'on aime à se remémorer dans les couloirs (l'histoire des débuts dans un garage, un bureau minuscule ou un campus d'université, ça vous dit quelque chose ?). Chaque collaborateur se sent chanceux de poursuivre la légende et si fier d'avoir été choisi alors que les critères de recrutement y sont de plus en plus sélectifs.

Il y autre chose de radical : le contact permanent des entreprises digitales avec leurs clients. Ces entreprises sont consumer centric, sinon elles meurent. C'est justement ce que les grandes entreprises ont du mal à être. Et ce que certaines entreprises qui ont trop grossi, comme Microsoft, commencent à perdre. Ces entreprises digitales sont capables de prendre des virages à 90 degrés parce qu'elles n'ont pas d'autre choix que de satisfaire leurs clients. La culture du changement permanent, elles l'ont adopté de fait, depuis l'origine. Nul besoin de faire des formations managériales autour, c'est dans leurs gènes.



Un autre avantage non négligeable est leur grande connaissance des jeunes générations. Je ne parle pas de la génération Y. Je parle de la génération Z, les "millenials", que ces entreprises observent à la loupe car elles savent qu'ils représentent les besoins de leur client et de leur collaborateur de demain. Du coup, ces entreprises ont formaté leur management autour des moteurs de ces jeunes générations : management collaboratif inspiré du fonctionnement sur le Web, management horizontal avec le moins de hiérarchie possible, processus décisionnel démocratique, innovation dans les processus de réunion, remise en question permanente de leurs modes de fonctionnement internes, créativité encouragée et récompensée, plaisir et bien-être prônés, etc.

Alors, ces entreprises digitales peuvent-elles être inspirantes pour les autres ?
Je suis convaincue que oui.
Si on est une start-up, c'est le moment où jamais de créer de toute pièce cette culture managériale si on ne l'a pas déjà fait. Quelle grande chance!
Si on est une entreprise plus mûre, complexe voire plus rigide en termes d'organisation, il est nécessaire aujourd'hui de repenser les endroits où l'on pourra insuffler une fraîcheur managériale, une certaine "mobilité", malgré les choses acquises et installées, notamment en termes de management plus collaboratif, pour naviguer avec succès dans ce monde sans visibilité et en changement permanent.

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3 commentaires:

  1. C'est vrai que c'est plus facile lorsqu'on ne traîne pas un demi siècle d'habitudes et que la moyenne d'age des collaborateurs ne dépasse pas 30 ans. Merci Corinne pour cette analyse très émotionnelle. Moi ce qui me frappe aussi c'est l'absence de norme, de jugement : chacun est accueilli dans toutes ses dimensions, il n'y a pas de "c'est bien ou pas", "çela ne se fait pas". Au contraire, le cadre qui régit le collectif est très large pour laisser le plus possible de marge à l'individu qui peut alors s'exprimer.
    J'ai aussi le sentiment que tout n'est peut-être pas si "rose"dans ces univers, alors Corinne, à quand un article sur la face cachée des GAFA ?

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  2. Je travaille dans une entreprise digitale et c'est vrai que je suis heureux de venir bosser tous les matins. On travaille tous ici beaucoup, au delà de la moyenne, et nous sommes impliqués comme s'il s'agissait de notre propre entreprise. C'est très grisant mais il faut quand même avoir la forme. Je suis encore jeune mais je ne suis pas sûr d'avoir l'énergie nécessaire dans quelques années. Il y a quand même un état d'esprit à avoir...

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  3. Je travaille dans une grande entreprise "traditionnelle" et c'est vrai que ce que vous racontez sur les GAFA fait rêver.
    Je me demande si l'état d'esprit que vous décrivez ne se rapproche pas de ce que j'ai vu à la télévision sur les Entreprises Libérées où la motivation des employés vient d'eux-mêmes.
    Comment faudrait-il faire pour que le top management d'une entreprise classique veuille aller vers ce type de fonctionnement ?

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