Voulez-vous vraiment être un leader ?

Les managers recourent souvent au coaching parce qu'ils souhaitent travailler leur leadership. C'est l'un des thèmes les plus communs, récurrents et souvent "fourre-tout"en matière d'accompagnement managérial. Face à cette demande convenue et banale (même si elle ne l'est finalement jamais), je ne me lasse pas du préambule suivant : "vous en êtes sûr, vous avez vraiment envie d'être un leader ? Y avez-vous bien réfléchi ?". Il n'y a rien d'évident à cela. Tout manager ne veut pas forcément être un leader et tout manager n'est pas obligé de l'être non plus.

Etre leader, c'est avant tout sacrifier beaucoup de son temps et de son énergie. C'est recevoir le crédit quand les choses vont bien mais aussi assumer l'entière responsabilité quand les choses tournent mal. C'est l'expérience d'une grande solitude lorsqu'il s'agit de faire des choix décisifs qui bravent le marché ou qui vont à l'encontre de la pression interne ou d'actionnaires. C'est donc pousser sans cesse les limites du système sans aucune garantie de réussite et à ses propres risques et périls.
Alors, toujours motivé?

Ceux qui aspirent au leadership rêvent souvent de Steve Jobs, Richard Branson ou Elon Musk. Ils veulent gagner en charisme (souvent associé au mot "leadership"). Mais la grande majorité des leaders ne sont pas ces personnalités médiatiques. Ces figures emblématiques sont des "extra-leaders", des leaders extra-ordinaires, caractérisés par une vision radicale et innovante sur leur marché, combinant souvent un côté "génial" avec une personnalité "atypique" (pour ne pas dire difficile). On est subjugué par leurs produits révolutionnaires et leurs one-man shows à l'américaine lors de lancements de produits à couper le souffle tant ils occupent à eux-seuls brillamment la scène. Pour sûr, ces gens là continueront à ne se compter que sur les doigts de mains. En revanche, ce que l'on oublie souvent en se référant à eux, c'est que leur leadership s'exerce non pas d'abord sur une scène ou dans un nuage de paillettes mais dans le quotidien.

Etre un leader d'aujourd'hui ce n'est pas être quelqu'un d'extra-ordinaire, ni briller lors de moments clés de représentation (séminaires, conventions,...), l'enjeu n'est pas là.  Etre un leader aujourd'hui, c'est être quelqu'un d'exceptionnel au quotidien, au milieu de ses équipes. C'est donc peu de glamour et beaucoup de persévérance!

Que signifie alors être un leader du quotidien ?


A ce stade, je crains toujours de tomber dans les poncifs. Selon moi, il y a trois qualités majeures à cultiver aujourd'hui si on souhaite renforcer son leadership. Ces qualités résonnent de manière un peu pompeuse et peuvent paraître éculées (elles sont actuellement brandies de manière grandiloquente dans les organisations, ce qui les tue aussitôt) mais en réalité, elles s'incarnent dans de tout petits gestes au quotidien. Et c'est la somme de ces petits gestes du quotidien qui fait le leadership, rien d'immense justement.

Le courage : d'arrêter certaines choses (avant de vouloir en entreprendre d'autres), de dire "non" à sa hiérarchie ou à ceux qui financent, de dire "je ne sais pas", de reconnaître ses erreurs, de partager ses convictions et non pas juste parler en termes d'actions, de prendre du temps avec son équipe même si on est soi-même débordé, de tester des idées qui émanent des équipes, de rester ancré dans le moment présent, de s'avouer qu'on va dans le mur, de se rajuster, etc.

La confiance : encourager le management collaboratif, à savoir lâcher le contrôle à certains endroits, laisser les équipes définir leurs propres objectifs et règles de fonctionnement,  s'assurer que ces règles seront respectées, s'appuyer sur les plus compétents sur un sujet, sur ceux qui font, pour prendre les décisions, etc.

La sécurité : les collaborateurs n'aiment pas le changement lorsqu'ils ont peur, qu'ils n'ont pas de vision, que les injonctions sont soudain brutales, qu'ils ne se sentent pas épaulés, qu'ils n'auront pas le droit à l'erreur, qu'il n'existe pas un espace de parole ouvert et sécurisé... Ils aiment le changement (si, si) lorsque leur leader partage une vision (et pas que des objectifs), qu'il est prêt à se mettre lui-même en danger pour eux, qu'il leur fait confiance (toujours et encore), qu'il les écoute, s'intéresse sincèrement à leur travail, qu'il ne consulte pas son smartphone en réunion, qu'il reste enthousiaste face à la difficulté, etc.

Et vous ? Quels sont vos gestes du quotidien en tant que leader ? Qu'est-ce qui pourrait vous freiner actuellement dans votre leadership ? "La difficulté conjoncturelle du marché", "le manque de temps", "l'organisation" ou "mes supérieurs hiérarchiques" ne sont pas des réponses autorisées...

2 commentaires:

  1. Le leadership que vous décrivez est ambitieux et je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de managers assez courageux pour dépasser leurs peurs au point de se mettre en décalage par rapport au système dominant à l'oeuvre dans les entreprises. Je suis plus optimiste avec les générations qui arrivent, elles ont du culot, ne veulent pas devenir des managers d'autorité et de pouvoir et sont naturellement attirées par les processus du "réussir ensemble" avec les nouveaux modes collaboratifs émergents.

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour cet éclairage, il redonne du sens à la notion de leadership . Personnellement, même si on ne parle pas de Steve Jobs, ce leader d'aujourd'hui humble, courageux et qui joue la confiance me fait quand même rêver... Il parait qu'on compte moins de 10% de leaders dans les entreprises dans le monde. Cela n'est donc pas encore donné à tout le monde...
    M.Dahan

    RépondreSupprimer