"Tu t'écoutes quand t'écoutes ?"

Voilà ce que vient de me dire ma fille de 16 ans! Alors que je lui demandais où elle en était de la révision de son bac français (avec l'arrière-pensée de l'amener à  bachoter davantage et à mieux planifier son travail, ô parent incorrigible que je suis), j'interrompis sans m'en rendre compte sa réponse pour lui donner ma vision des choses. Paf, je reçus en pleine figure un "tu t'écoutes quand t'écoutes?" bien mérité. Décidément, nos enfants sont nos plus grands maîtres zen... Même si la formulation peu littéraire de sa réplique ne me mit pas complètement en confiance sur le niveau d'expression requis au bac.

Rappelons donc (à moi-même en premier lieu) que le manque d'écoute est l'un des premiers symptômes de stress chez une personne. C'est donc une information clé lorsqu'on arrive à le déceler chez soi ou chez l'autre. Cela permet d'orienter la conversation d'une autre manière que celle attendue initialement puisqu'il y a d'abord un besoin psychologique à combler. Le fait de couper la parole est un manque d'écoute évident. Le "oui, mais" à répétition en est un autre.

Beaucoup d'entreprises ont formé leurs dirigeants et leurs managers à ce qu'on appelle "l'écoute active", à savoir, accueillir pleinement dans un espace de silence de soi la parole de l'autre, reformuler ses propos sans les interpréter, les juger ou apporter la moindre solution. Comme à chaque fois, on constate que l'exercice est difficile.

Mais la vraie écoute va encore plus loin. Elle se situe autant au niveau de soi qu'au niveau de l'autre. Elle suppose une pleine conscience en temps réel de ce qui se joue en soi au fur et à mesure que notre interlocuteur parle, et ce, à trois niveaux : l'esprit (qu'est-ce que mes pensées me disent ? Sur quelle idée je m'accroche? En quoi suis je d'accord/pas d'accord ? etc), le corps (où sont les éventuelles tensions que je ressens au fur et à mesure de cette conversation ?), le cœur (suis-je pleinement  ouvert dans la relation, quels sont mes sentiments vis à vis de l'autre, est-ce que j'ai envie de me connecter à lui ?).



Nos réponses s'en trouvent alors différentes, puisqu'elles ne relèvent plus seulement du domaine des pensées, purement intellectuelles, mais d'un tout, plus ajusté à ce qui est réellement en train de se jouer ici et maintenant.

Notre échange avec autrui devient alors une pratique de pleine conscience sans coussin de méditation et praticable à de maintes occasions!
Vous écoutez quoi en vous quand je vous dis tout ça ?












2 commentaires:

  1. Bonjour Corinne,

    Merci à ta fille d'avoir lancé le sujet de l'écoute ici ;)

    Quand je lis ton article, "ce que j'écoute" c'est qu'être présent à l'autre et présent à soi n'est pas une chose facile, alors que nous passons une grande partie de notre temps en interaction les uns avec les autres.

    J'ai souvent l'impression de ne "pas être vraiment là" alors même que je suis en compagnie.

    Dans ces rares moment où nous sommes vraiment présents, là, et à l'écoute, il se passe toujours quelque chose de bon et de précieux...

    Stéphanie

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  2. Eric DECHANTEUL1 juin 2016 à 08:50

    Ce propos me renvoie immédiatement dans mon univers à une autre "scène de famille" mainte fois vécue lorsque je suis en déplacement et que je partage au téléphone, le soir venu, les nouvelles du jour avec ma femme. En l'écoutant avec une telle attention que je ne dis pas un mot, je reçois régulièrement cette question "ça t’intéresse ce que je te raconte ?". Mes efforts sont donc mal récompensés, car chacun sait qu'écouter demande un vrai engagement dans la relation, si c'est parfois ne rien dire , ce n'est jamais ne rien faire.

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